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Les familles de jeunes 2ELGBTQIA+ en détresse, ces grandes oubliées

Derrière un jeune en détresse psychologique issu de la communauté 2ELGBTQIA+, il y a souvent une famille ou des amis qui cherchent eux aussi à comprendre, à soutenir, à tenir le cap. Trop souvent oubliés des services d’aide, ces proches vivent un parcours semé d’incompréhension et de silence. C’est à leur expérience que Rebecca Savard, infirmière et chercheuse étudiante, consacre ses travaux.

Isaline Jadoulle

Quand un adolescent traverse une détresse psychologique ou suicidaire, son entourage cherche naturellement à l’aider. Mais qu’en est-il du soutien offert à ces proches, souvent laissés pour compte ? C’est la question au cœur du projet de recherche de Rebecca Savard, infirmière et étudiante à la maîtrise en sciences infirmières, qui s’intéresse au processus de recherche d’aide des familles de jeunes issus des minorités sexuelles et de genre.

« J’ai remarqué, au fil de mes recherches, que les personnes qui accompagnent ces jeunes sont souvent oubliées. On parle beaucoup du jeune qui vit une grande détresse, mais très peu de l’expérience de celle ou de celui qui l’accompagne là-dedans », explique Rebecca. Son objectif est clair : explorer l’expérience des proches – parents, amis, mentors – lorsqu’ils tentent de trouver de l’aide pour le jeune en question, mais aussi pour eux-mêmes. À ce stade de son travail de recherche, la chercheuse a surtout mis en lumière un manque flagrant de données : « C’est une réponse en soi, ça veut dire que le sujet mérite d’être étudié, mais, en même temps, ça rend la tâche compliquée », admet-elle.

Derrière cette recherche se cache un autre constat troublant : très peu d’études s’intéressent aux forces de cette population et aux expériences positives de ces jeunes. « Si tout ce que je lis sur les jeunes de minorités sexuelles et de genre parle de suicide et de détresse, quand mon enfant m’annonce qu’il est trans, je risque d’avoir peur qu’il songe au suicide, même s’il vit très bien sa transition. Cette perception peut teinter l’expérience familiale », souligne Rebecca, qui insiste sur le fait que le suicide est toujours multifactoriel et ne découle jamais d’une seule cause.

Son approche repose sur l’intersectionnalité, c’est-à-dire la prise en compte de l’entrecroisement de plusieurs identités marginalisées. « L’expérience d’une mère, provenant d’un milieu rural, qui cherche de l’aide pour son enfant autochtone non binaire, par exemple, ne sera pas la même que celle d’un parent de jeune blanc cisgenre en milieu urbain », explique-t-elle.

famille inclusive

Malgré tout, Rebecca a confiance que les choses peuvent s’améliorer : « J’ai de l’espoir, sinon je ne ferais pas ce que je fais. Si on ne fait rien, rien ne changera ». Son message aux familles est simple, mais essentiel : « Le soutien que vous offrez à votre jeune peut tout changer. Écoutez, soyez bienveillants, ne minimisez pas sa détresse. Et surtout, n’oubliez pas vos propres besoins. Pour aider, il faut aussi pouvoir s’aider soi-même. »

Au Québec, environ 2% des jeunes de 15 à 19 ans ont fait une tentative de suicide au cours des 12 derniers mois, avec un taux de 4% pour les jeunes filles de ce même groupe d’âge (Statistiques Québec). Une étude américaine, The Trevor Project (2023), menée auprès de jeunes LGBTQ+ révèle que plus de 1,8 million de jeunes envisagent sérieusement de se suicider chaque année.
Photo Isaline Jadoulle

Isaline Jadoulle, autrice et dessinatrice de la communauté ARRIVE

Révision: Rebecca Savard B.Sc.Inf – Étudiante à la maîtrise en sciences infirmières

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